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ARCHITECTURE ET HISTOIRE

Conférence donnée par William Morris devant la société pour la Protection des Monuments Anciens, le 1er juillet 1884.

« Je souhaite que vous compreniez bien que la naissance et le développement de la division du travail n’ont rien de purement fortuit et ne résultent pas non plus d’une mode passagère et inexplicable, qui aurait entraîné les hommes à désirer travailler selon ces méthodes. Ce sont les transformations économiques qui contraignirent les hommes à produire, non plus pour leur subsistance comme auparavant, mais pour dégager ne plus-value. Presque tous les biens, hormis ceux fabriqués de façon domestique, durent désormais emprunter les voies du marché avant d’arriver entre les mains de l’utilisateur. Les biens dans leur ensemble, j’insiste, furent destinés à la vente et non plus, comme jusqu’alors, à l’usage. Leur aspect esthétique aussi bien que leur côté utile étaient maintenant devenus des marchandises distribuées selon la seule nécessité du capitaliste, qui employait à la fois l’ouvrier-machine et le concepteur, enchaînés par la loi du profit. Vous saisissez qu’à partir de cette époque-là, la division du travail s’était à ce point développée que les ouvriers, qui autrefois étaient aussi des artistes, se trouvèrent divisés en ouvriers qui n’étaient pas des artistes et des artistes qui n’étaient pas des ouvriers.

Le bouleversement fut achevé, ou peu s’en faut, vers le milieu du XVIIIe siècle. (…) »

(texte intégral publié dans : William Morris, L’âge de l ’Ersatz  et autres textes contre la civilisation moderne, éditions de l’encyclopédie des nuisances, Paris, 1996, p. 27-57)



LE MAUVAIS OUVRIER

Anatole France, Calman-Lévy Editeurs, 1925


Maître Laurent Coster, cœur plein de poésie,
Quitte les compagnons qui, du matin au soir,
Vignerons de l’esprit, font gémir le pressoir ;
Et Coster va rêvant selon sa fantaisie :

Car il aime d’amour le démon Aspasie.
Sur son banc, à l’église, il va parfois s’asseoir,
Et voit dans la vapeur flotter sur l’encensoir
La Dame de l’Enfer que son âme a choisie.

Ou bien encor, tout seul, au bord d’un puits mousseux,
Joignant ses belles mains d’ouvrier paresseux,
Il écoute sans fin la Sirène qui chante.

Et je ne puis non plus travailler ni prier :
Je suis, comme Coster, un mauvais ouvrier,
A cause des yeux noirs d’une femme méchante.



Avril 1868

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